Cocktails de pesticides : les effets cumulatifs seraient plus dangereux


Les pesticides sont largement présents dans notre alimentation : d’après une récente étude européenne, 49.5 % des consommateurs sont exposés à plusieurs pesticides. Mais jusqu’à présent, si leurs effets étaient étudiés un à un, peu d’études s’étaient penchées sur les effets cumulatifs de ces composés. Une équipe de chercheurs britanniques s’est penchée sur la question. Résultat,  si chaque pesticide étudié n’a que peu d’effet sur des cellules du système nerveux, le mélange de 3 d'entre eux induit plusieurs effets néfastes.

Une équipe de chercheurs anglais a mis en évidence les effets néfastes des mélanges de pesticides sur des cellules.

A moins de ne consommer que du bio, difficile d’échapper aux pesticides. Omniprésents dans les fruits et légumes, ces molécules chimiques seraient potentiellement dangereuses d’après certaines études scientifiques leur attribuant diverses effets délétères (cancers, Parkinson…). Néanmoins, aucun lien de causalité n’a pu être fermement démontré jusqu'à maintenant. Un des problèmes majeurs auxquels se heurtent scientifiques et épidémiologistes est de réussir à évaluer les effets cumulés des pesticides sur la santé. S’il est techniquement possible d’étudier les effets d'un pesticides particulier, aucune méthode ne permettait jusqu’à présent de déterminer leurs effets cumulés. Une limite très regrettable sachant que les consommateurs sont plus fréquemment exposés à des cocktails qu'à un seul composé.

Stress oxydant et apoptose, principaux effets observés

Pour tenter d’en savoir plus, les ONG Générations futures et Antidote Europe ont demandé à une équipe de chercheurs de l’université d’Aston (Angleterre) de tester les activités de mélanges de trois fungicides (pyrimethanil, cyprodinil et fludioxonil) sur des cellules gliales et neuronales représentatives du système nerveux central humain (astrocytes et neurones). Ils ont donc exposé ces deux types cellulaires à chacun des pesticides et à un mélange des trois1.
Résultat : dans la plupart des cas, les mélanges de pesticides induisent des effets qui ne sont pas observés avec les pesticides seuls, notamment des phénomènes d’apoptose (“suicide“ cellulaire) et de stress oxydatif2.

“Certains pesticides, isolément ou en combinaisons, peuvent induire du stress et des modifications du devenir des cellules humaines. Ils peuvent aussi interférer avec des processus cellulaires basiques comme celui de la production d'énergie. Ces effets ont été mis en évidence à des concentrations proches de celles trouvées dans nos aliments. Ce travail suggère que nous devrions faire davantage d'efforts pour restreindre l'utilisation des pesticides dans les cultures destinées à l’alimentation.“ indique le Pr Michael Coleman, responsable de l’étude.

Néanmoins, la portée de cette étude reste limitée dans la mesure où ces effets n'ont pu être démontrés que sur des cellules cultivées en laboratoires (in vitro) et non chez l'homme (in vivo).  

Les apports de la métabonomique

Nombre de chercheurs  tentent de mieux comprendre les effets des pesticides sur la santé in vivo en mettant à profit les perspectives offertes par la métabonomique3. Cette technique permet par exemple, de déterminer quels pesticides se trouvent dans le plasma et en quelle quantité. Grâce à des études conduite chez l'animal, il est donc possible d'établir un lien de cause à effet entre la présence de tel ou tel pesticide avec certains effets observés. Pour Laurence Gamet-Payraste, chercheur à l’unité TOXALIM (toxicologie alimentaire) rattachée à l’institut scientifique de recherche agronomique (Inra), “nous avons réussi à trouver l’existence d’une technique pour caractériser l’exposition alimentaire aux pesticides. Nos recherches (ndlr : effectuées dans le cadre d’une thèse) ont montré qu’une exposition à long terme peut entrainer des modifications de l’hématopoïèse (mécanisme de création et renouvellement des cellules sanguines). Ainsi, même si les doses ingérées sont faibles et conformes aux normes en vigueur, les risques, eux, sont réels, d’autant qu’il y a une co-exposition à d’autres facteurs de risque d’origine alimentaire“4.
 
En dépit du manque de lien causal avéré, les nombreuses études consacrées aux pesticides devraient inviter les consommateurs à la prudence.

Yamina Saïdj

1 - Communiqué de presse générations futures et Antidote Europe, août 2012

2 - A Preliminary Investigation into the Impact of a Pesticide Combination on Human Neuronal and Glial Cell Lines In Vitro; PLoS One (2012)

3 - La métabonomique permet notamment de mesurer in vivo “l'empreinte“ des perturbations biochimiques causées par les maladies, les médicaments ou des produits toxiques.
 4 - Communication lors des Journées d’Etude de L’AFDN, juin 2012

Ecrit par:

Yamina Saïdj

Créé le 21 août 2012